DÉCLARATION PUBLIQUE du Batonnier Akere T. Muna Sur la prétendue collaboration entre TIC et SNH

1
DÉCLARATION PUBLIQUE
du Batonnier Akere T. Muna
Sur la prétendue collaboration entre Transparency
International Cameroon (TIC) et la Société Nationale
des Hydrocarbures (SNH)
Je soussigné Akere T. Muna, fondateur de Transparency
International Cameroon (TIC), ancien Vice-Président de
Transparency International, ancien Président du Conseil de la
Conférence Internationale Anti-Corruption (IACC), et membre du
Groupe d’Haut Niveau de l’Union africaine sur les flux financiers
Illicites en provenance de l’Afrique, consultant international en
lutte contre la corruption et en bonne gouvernance, rends la
Présente déclaration publique en raison de faits graves portés à ma
connaissance.
J’ai appris, par voie de presse ainsi que par une publication attribuée à
la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), que Transparency
International Cameroon et la SNH auraient tenu une réunion
stratégique le 26 février 2026, dans le cadre d’une « collaboration »
présentée comme en cours. Or, bien que je sois le fondateur de TIC et
que j’en demeure membre, je n’ai aucune connaissance d’un
quelconque partenariat, de son cadre, de ses objectifs, de ses modalités,
de ses sources de financement éventuelles, ni des garanties
d’indépendance qui devraient impérativement l’entourer.
Je rappelle que je suis également l’initiateur de l’adhésion du Cameroun
à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives
(ITIE/EITI). En mars 2005 à Londres, alors que j’étais Vice-Président de
Transparency International, avec l’appui du Dr Peter Eigen, fondateur
de Transparency International, et grâce à l’engagement du Ministre des
Finances d’alors, Polycarpe Abah Abah, le Cameroun a annoncé
officiellement son adhésion. Transparency International a salué cette
annonce — fait rare — dans l’heure qui a suivi, dans la salle plénière.
Des échanges, notamment avec Paul Boateng, alors Secrétaire au
Trésor britannique, ont facilité ce processus, et le Ministre Abah Abah
a lui-même fait l’annonce au forum. Par ces actions, j’ai contribué à
obtenir pour TIC un siège permanent au Comité National ITIE — siège
que TIC occupe encore à ce jour.
C’est donc avec une gravité particulière que je constate qu’aujourd’hui,
la SNH cherche à associer son image à celle de Transparency
International, alors même que la SNH demeure au cœur d’allégations et
de constatations judiciaires internationales d’une extrême gravité.
2
Plusieurs décisions de justice et procédures, notamment au Royaume-
Uni, aux États-Unis et dans d’autres juridictions, ont désigné la SNH —
ainsi que SONARA — comme ayant été bénéficiaires de paiements
corruptifs dans le cadre du scandale GLENCORE, en contrepartie d’un
traitement préférentiel. Lorsque j’ai initialement rendu publiques ces
informations, la SNH a d’abord nié, avant de reconnaître l’existence d’un
problème et de déposer, tardivement, une plainte contre « X », c’est-à-
dire contre une personne non identifiée. Pendant que GLENCORE
acceptait des sanctions financières massives, procédait à des
changements structurels et se séparait de ses dirigeants, la SNH, elle,
n’a conduit aucune réforme crédible, aucune enquête interne digne de
ce nom, aucun audit public, et n’a pris aucune mesure permettant
d’identifier les responsables, de protéger l’intérêt public, ni de restaurer
la confiance.
La SNH n’a pas davantage fourni au public camerounais
d’explication satisfaisante sur la base légale et commerciale
d’arrangements controversés, notamment l’octroi allégué d’un
rabais de 70% à un autre trader, Vitol. Ces faits, à eux seuls,
imposent une exigence de transparence maximale, pas des opérations
de communication.
Au-delà de ces scandales, la gouvernance actuelle de la SNH apparaît
profondément dégradée. Le dirigeant officiellement à la tête de
l’entreprise n’aurait pas été vu ni entendu publiquement depuis au
moins deux ans. Dans le même temps, les informations disponibles
décrivent une direction de fait exercée par la responsable du
département juridique — présentée comme conseillère technique — qui
serait l’épouse du Directeur Général absent. On évoque des
engagements contractuels, parfois avec des partenaires offshore, sans
visibilité sur la tenue régulière des instances de gouvernance : pas de
communication sur le Président du Conseil d’Administration, sur le
fonctionnement du Conseil, ni sur la tenue des réunions. L’entreprise
publique la plus stratégique du pays donne l’image inquiétante d’une
structure capturée, au bénéfice d’un cercle restreint, au mépris des
principes minimaux de redevabilité.
Dans ce contexte, lorsque la SNH évoque une « coopération » avec TIC,
notamment en lien avec l’ITIE, chacun est fondé à s’interroger: de quelle
coopération s’agit-il, et à quelles fins ? Le Cameroun étant suspendu de
l’ITIE, en grande partie en raison d’une opacité persistante dans la
gestion du secteur extractif, la référence à TIC ne peut être acceptée
comme un simple détail protocolaire. Elle engage une responsabilité
morale : celle de ne pas contribuer, volontairement ou non, à une
entreprise de confusion et d’illusion.
3
En conséquence, en ma qualité de fondateur et membre de
Transparency International Cameroon, je déclare publiquement ce qui
suit :
1. Je me désolidarise formellement de la prétendue collaboration entre
TIC et la SNH telle qu’elle est présentée au public, faute d’avoir
connaissance de son cadre, de ses objectifs, de son financement, et des
garanties d’indépendance qui devraient la régir.
2. Je dénonce toute tentative visant à semer la confusion entre
Transparency International (Secrétariat à Berlin) et Transparency
International Cameroon, qui sont des entités autonomes dans leur
gouvernance et leurs responsabilités.
3. Je considère que, dans l’état actuel des faits connus, cette démarche
ressemble à une tentative de couverture réputationnelle — une forme
d’« anti-corruption washing » — sans réforme substantielle, sans
transparence vérifiable, et sans reddition des comptes sur les scandales
connus, au premier rang desquels l’affaire GLENCORE.
Je note en outre, avec une préoccupation que je ne peux taire, que TIC
Cameroon n’a pas été suffisamment proactive sur le dossier
GLENCORE/SNH, et que le public n’a pas vu, à ce stade, une stratégie
claire de dénonciation, de mise en cause argumentée et d’exigence de
comptes proportionnée à l’ampleur des révélations. Si l’on ajoute
l’opacité des termes de la « collaboration » annoncée (objectifs, fonds,
livrables), le risque est évident : que le nom de Transparency
International soit instrumentalisé pour valider une façade, au lieu
d’ouvrir une brèche dans l’opacité.
Pour éviter toute ambiguïté, et dans l’intérêt de TIC, de ses membres, et
surtout du peuple camerounais, j’appelle Transparency International
Cameroon à convoquer immédiatement une Assemblée Générale
Extraordinaire, ouverte à ses membres, avec un ordre du jour clair,
public, et documenté, visant à :
– Déclarer les objectifs anti-corruption précis et mesurables de
toute interaction avec la SNH (publication de contrats, divulgation
de la propriété effective, audits, règles d’anti-corruption,
alignement ITIE, calendrier et indicateurs de résultat, rapports
publics) ;
– Garantir l’indépendance totale de TIC : aucune influence de la
SNH sur les positions, publications, recrutements ou priorités ;
liberté entière de critiquer, d’enquêter et de dénoncer ;
– Exclure tout financement compromettant, et, si des ressources
existent, les rendre publiques, encadrées, plafonnées, traçables, et
assorties de règles strictes de conflits d’intérêts ;
– Publier intégralement le cadre de la relation (MoU/ToR, sources
de financement, comptes rendus, rapports d’étape, livrables) afin
que les citoyens, les médias et les partenaires puissent contrôler ;
4
– Exiger l’imputabilité sur GLENCORE et les autres dossiers : audit
interne indépendant, coopération avec les autorités étrangères,
identification des responsabilités, sanctions, réparation, réforme
de gouvernance ;
– Fixer des conditions de sortie : si la SNH refuse des réformes
substantielles ou utilise la relation à des fins de communication,
TIC doit rompre et en expliquer publiquement les raisons.
Cette exigence de clarté n’est pas théorique : ce n’est pas la première
fois que la marque Transparency International est convoitée pour des
opérations d’image. En 2018, lors de l’élection présidentielle, une
prétendue équipe « d’observateurs » se réclamant de Transparency
International s’est révélée composée de charlatans, et il a été établi
qu’ils avaient bénéficié d’une forme de formation d’une journée par TI
Cameroon. Cet épisode aurait dû conduire à une vigilance maximale
sur l’usage du nom, des symboles et de la crédibilité de notre
mouvement.
Je le dis avec fermeté : la lutte contre la corruption ne se sous-
traite pas à ceux qui en bénéficient, et la crédibilité d’un
mouvement anticorruption ne survit pas aux arrangements
ambigus. Les ressources pétrolières appartiennent au peuple
camerounais. Les institutions publiques qui les gèrent doivent
rendre compte avec une transparence totale, spécialement en
période d’incertitude sur les marchés, de pression sociale et de
défiance démocratique.
Par conséquent, j’appelle tous les membres de TIC, les organisations de
la société civile, les journalistes d’investigation, les partenaires
internationaux et les citoyens à exiger la vérité, les documents, les
chiffres, les responsabilités et les réformes — pas des communiqués.
L’histoire jugera sévèrement ceux qui, par silence, complaisance ou
calcul, auront contribué à transformer l’anticorruption en décor de
théâtre. Le Cameroun n’a pas besoin d’une transparence de façade : il
a besoin de lumière. Et la lumière n’est pas négociable.
Fait à Yaoundé, le O5 Mars,
Batonnier Akere T. Muna

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *