Cameroun: Le vivre-ensemble à problème

Cameroun: Le vivre-ensemble à problème

Les anglophones, avec leurs revendications corporatistes qui ont commencé, nous ont dit une chose. En toile de fond. Ils nous ont dit, on a été bernés depuis 61.

On ne veut plus vivre dans ce modèle-là. C’est ce qu’ils nous ont dit. Et c’est la raison pour laquelle le conflit ne fait que s’angliser.

Parce que ceux qui tiennent les leviers de pouvoir, aujourd’hui, ne sont pas capables d’aborder ces problématiques et de les résoudre. Par contre, celui qui a reçu le suffrage des Camerounais et qui a la légitimité populaire au Cameroun, nous a toujours dit qu’il est un mandataire de la paix. Par exemple, Paul Biya.

Nous a toujours dit qu’il est un mandiant de la paix. Et votre étonnement peut être beaucoup plus grand. On ne peut pas être un mandiant de la paix et chez soi, ne pas asseoir un minimum de processus qui mène à la paix dans les deux régions importantes du nord-ouest et du sud-ouest.

Donc le problème est simple. Les anglophones nous ont dit nous, on ne vit plus avec vous comme nous sommes en train de vivre. Parce que toutes les frustrations que nous avons subies depuis que l’état unitaire a été créé, nous ne nous retrouvons pas dans ce système.

Mon grand frère, Robert, il a égrainé un ensemble de problématiques sur lesquelles je ne vais pas revenir, mais ce sont des problématiques qui sont vraies. Les anglophones nous ont dit qu’on ne fonctionne plus comme ça. Maintenant, c’est à nous, obtenants du pouvoir central, parce qu’il a aussi dit quelque chose d’important, dans ce camp, il y a des faucons de la guerre qui estiment que la guerre doit continuer, qu’on doit vaincre à tout prix et en payant tous les prix.

Et en payant tous les prix, c’est les 6500 morts qui sont le prix le plus élevé. Parce que tout ce qui a été détruit là-bas, comme bien matériel, ne vaut pas les 6500 morts que le Cameroun compte déjà dans son escarcelle. Alors là maintenant, il est logique, il est impératif que le sommet de l’état du Cameroun règle ce problème.

Dans ce sens qu’on comprend que dans d’autres camps, il y a des gens qui veulent que la guerre ne s’arrête pas. Mais il faut que la guerre s’arrête. Desiré a dit, il vaut mieux qu’on négocie un compromis.

Moi, j’ai même une compromission qu’il faut négocier. Mais il faut qu’on sache une chose, le compromis est boité. Quand on va au compromis, dès lors qu’on accepte d’aller au compromis, ça veut dire qu’on n’est pas suffisant.

Si on est suffisant, on reste chez soi, sans s’adresser aux autres. Mais si on accepte de s’asseoir sur une table, d’aller au compromis, tout le problème est sur la table. Qu’il n’y ait pas de problème exclu.

Parce que c’est sur le problème exclu que les anglophones appuient. Ils disent… Moi, je suis né en République fédérale du Cameroun. Mon acte de naissance est claire.

République fédérale, moi. Ça veut dire que c’est un système qui a été expérimenté dans ces pays pendant 11 ans et qui a donné… Aujourd’hui, nous avons encore la réminiscence et le regret de l’avoir quitté. Ce que l’aîné disait tout à l’heure, le sous-système de la fiscalité locale, de l’eau, tout ce qui s’est passé dans les zones anglophones ne se passait pas chez nous.

Le système judiciaire… Moi, j’ai vécu dans un pays anglo-saxon. Le système de bail-out est un système systématique et ça découle de l’Habeas corpus. Que tu aies ton compte.

Donc, il y a des contraintes. Et puis, c’est consubstantiel à l’existence de la partie anglophone du Cameroun qui n’a pas la même éducation. Duval, Madarène Mead disait que la culture est un ensemble de données et qu’on acquise un double individu unis par une même tradition et transmise par l’éducation.

On n’a pas la même éducation. On n’a pas les mêmes valeurs. Alors, ceux qui sont en face de nous… Mais nous sommes dans la même république.

On s’est dit qu’on allait dans la chose, la république, la république… Mais là-dedans, il faut que chacun soit respecté avec ses valeurs, avec ce qu’il a. Mais nous, on a imposé… Avec son identité. Mais nous, on a imposé jusqu’au complexe d’infériorité aux anglophones. Quand on vous dit que vous n’êtes pas bien, dans notre jargon, ça veut dire que vous êtes quelqu’un dont la compréhension est très étriquée.

Peut-être qu’il faut dire le régime. Le régime, oui. Bien sûr.

C’est des choses qu’il faut extirper. C’est des choses qu’il faut sortir. Et en plus, Duval, dans les relations que le pouvoir a entretenues depuis 1961, ceux qui ont fait les accords disent que tout ce qui avait été mis dans les accords n’a jamais été respecté.

Je prends seulement un cas simple. La découverte du pétrole du Cap Limbo a précipité la création de l’état unitaire. Parce que quand nous étions dans un état fédéral, les esperts françaises pensaient que comme le pétrole est découvert au Cap Limbo, s’il est laissé à la gestion des anglophones, ils ne pourront pas avoir la contrepartie.

C’est la raison pour laquelle, de manière mesquine et malhonnête, nous avons poussé à faire l’état unitaire pour que le pétrole ne nous échoie dans sa gestion. Mais la question lancéante qu’il faut se poser est que depuis que le pétrole est découvert au Cap Limbo, aucun anglophone ne l’a jamais géré. Aucun anglophone ne l’a jamais géré.

Nous, les araignabes, nous l’avons géré deux fois. Avec l’ancien ex-DG Éding Bernard et Metouk Charles. Deux fois.

Les anglophones n’ont jamais géré la ressource qui est sous leurs pieds. Et quand ils vous disent des choses comme ça, même si ce n’est pas de façon la plus audible, mais il est quand même logique qu’on le sache et qu’on dise quel est le statut qu’on va faire. La spécificité que le grand frère fait n’est pas la paix de tous ses voeux et que désiré, comme ça s’est dit tout à l’heure, et que dans un cadre réglementaire, inclusif, total, qu’on se parle les yeux dans les yeux et qu’on reconnaisse d’abord que les autres, on a fait un don.

C’est-à-dire que cet arrangement qui a été fait a des effets de logique. Il faut réparer cette escroquerie historique et revenir dans une république consensuelle, acceptée de tout le monde dans laquelle l’identité anglophone est reconnue au même titre que la dignité francophone.

@breakingnews, pris sur equinoxe