CAMEROUN : PEUT-ON CONFIER L’ENQUÊTE SUR LE PILLAGE DE L’OR À CEUX QUE L’ON SOUPÇONNE DE LE PILLER ?
Des pilleurs d’or chargés d’enquêter sur le pillage de l’or : voilà le paradoxe qui résume, aux yeux de nombreux Camerounais, les contradictions de la gouvernance actuelle.
Lorsqu’un système est soupçonné de laisser prospérer des pratiques opaques dans la gestion des richesses nationales, peut-on raisonnablement attendre de lui qu’il fasse toute la lumière sur ces mêmes pratiques ? Une enquête crédible exige avant tout une indépendance réelle, des enquêteurs impartiaux et des résultats accessibles au public. Sans cela, elle risque de devenir une opération de communication destinée à calmer les esprits plutôt qu’à établir la vérité.
Mais derrière cette enquête sur l’or, une autre question, bien plus profonde, se pose : qui gouverne réellement le Cameroun ?
Ceux qui évoquent aujourd’hui cette enquête semblent vouloir démontrer qu’il existe toujours, au sommet de l’État, une autorité capable de rappeler Ferdinand Ngoh Ngoh à l’ordre et de mettre fin aux dérives de la gouvernance. Comme si l’on cherchait à convaincre les Camerounais qu’au-dessus du secrétaire général de la présidence de la République se trouve encore un arbitre capable de trancher, de sanctionner et de rétablir l’autorité de l’État.
Mais alors, où est cette autorité ?
Si Paul Biya exerce toujours pleinement ses prérogatives présidentielles, qu’est-ce qui l’empêcherait de mettre un terme aux dysfonctionnements dénoncés dans la gestion des affaires publiques ? Qu’est-ce qui l’empêcherait de taper du poing sur la table, de siffler la fin de la récréation et d’exiger des comptes à ceux qui exercent le pouvoir en son nom ?
Ceux qui défendent l’image d’un président toujours maître du jeu devraient pouvoir répondre à cette question.
Car le Paul Biya de certaines périodes de l’histoire politique du Cameroun n’avait pas hésité à affronter des personnalités aussi puissantes que Désiré Engo, Titus Edzoa ou Gervais Mendo Ze. Ces épisodes historiques, malgré leurs contextes différents, rappellent que des sanctions et des ruptures ont été possibles au sommet de l’État.
Pourquoi, dès lors, les Camerounais devraient-ils croire qu’une autorité présidentielle pleinement opérationnelle serait aujourd’hui incapable de mettre fin aux dysfonctionnements qu’ils dénoncent ?
Le problème n’est donc pas simplement celui du pillage présumé de l’or. Il concerne la responsabilité politique, la transparence dans la gestion des ressources nationales et la capacité des institutions à enquêter sans protéger les intérêts de ceux qu’elles pourraient être amenées à mettre en cause.
Le Cameroun n’a pas besoin d’une enquête destinée à prouver que le pouvoir existe encore. Il a besoin d’une enquête qui établisse les faits, identifie les responsabilités et débouche sur des sanctions si des infractions sont démontrées.
Les richesses du sous-sol camerounais appartiennent à la nation. Chaque kilogramme d’or extrait, chaque recette d’exportation et chaque franc dû au Trésor public doivent pouvoir être retracés. Les chiffres doivent être confrontés, les circuits d’exportation examinés et les éventuelles complicités mises au jour.
Les Camerounais ne demandent pas une nouvelle mise en scène institutionnelle. Ils demandent la vérité.
Et si des réalités sont dissimulées derrière les discours officiels, elles finiront par devoir être confrontées aux faits, aux documents et aux responsabilités de chacun.
La vérité que l’on cherche à cacher ne peut éternellement être remplacée par des démonstrations d’autorité. Le Cameroun mérite de savoir qui décide, qui contrôle les richesses nationales et qui devra répondre de leur éventuel pillage.
EKN





